Au cœur d’un Canada qui se drape d’une façade d’ouverture et de tolérance, se cache une hypocrisie criante : l’exploitation des Africains comme main-d’œuvre bon marché, reléguée à des postes dévalorisés, tandis que des propos racistes, invraisemblablement banals et brutaux, se répandent dans le milieu de la santé.

Si le vernis d’un multiculturalisme affiché permet d’accueillir des travailleurs venus d’Afrique ou d’Haïti, la réalité en dit long sur la véritable nature de cette intégration. Au lieu d’être salués comme des êtres humains à part entière, ces travailleurs, employés dans des CHSLD et autres institutions de soins, se voient infliger une double peine : d’une part, l’absurdité d’un discours officialisé vantant la diversité et, d’autre part, des insultes racistes quotidiennes qui révèlent un malaise bien plus profond. On entend, sans filtre, des remarques telles que « Y a trop de Noirs ici » ou des injures directement adressées aux travailleurs pour leur origine et leur culture.

Des témoignages accablants dévoilent l’envers du décor. Des préposés aux bénéficiaires, travailleurs indispensables du système de santé, rapportent avoir subi des insultes d’une violence verbale insoutenable. Certains se voient dire qu’ils « dégagent des odeurs » ou sont sommés de « retourner dans leur pays », au point que la douleur de ces paroles finit par se transformer en un fardeau psychologique insupportable. Ces agressions verbales, perpétrées tant par des collègues que par des patients ou résidents, laissent des traces indélébiles et conduisent même à des arrêts de travail, révélant le coût humain de ce racisme aveuglant.

Au sein d’institutions censées incarner l’excellence et la bienveillance, le mot « racisme » est systématiquement évité. Pour masquer une réalité explosive, on préfère parler d’« incivilité », atténuant ainsi la gravité des faits. Cette substitution, loin d’être anodine, constitue une tentative cynique de faire disparaître de l’agenda une problématique qui, si elle était traitée ouvertement, obligerait à remettre en cause des pratiques et des mentalités enracinées. Au lieu de s’attaquer aux racistes, ce sont souvent les victimes qui doivent, par courage, dénoncer ces agissements, dans l’espoir que la direction daigne enfin agir.

Un combat inachevé

Face à cette injustice, quelques gestionnaires, animés par une volonté sincère de changement, ont tenté de déployer des plans d’action. Des rencontres individuelles, des sanctions, et des formations se succèdent dans l’espoir de créer un environnement de travail plus respectueux. Cependant, ces mesures se heurtent à une résistance systémique où les mentalités restent figées, où les préjugés se perpétuent, et où le racisme se fond dans la routine de l’incivilité.

Le racisme au Canada n’est pas un phénomène isolé ou l’œuvre de quelques individus isolés. Il est le symptôme d’un malaise sociétal qui se nourrit de la contradiction entre une image internationale de tolérance et une réalité quotidienne d’exclusion et de discrimination. Il est temps que le discours officiel se transforme en actes concrets et que la société, ainsi que ses institutions, se penchent sur la véritable nature des discriminations raciales. Il ne s’agit pas seulement de régler des incidents isolés, mais de repenser en profondeur une politique d’immigration et d’intégration qui, en traitant l’humain comme une simple force de travail, trahit les valeurs d’égalité et de justice.

Le Canada doit cesser d’être le théâtre d’un racisme systémique masqué par des discours édulcorés. La dignité des travailleurs venus d’ailleurs ne doit plus être sacrifiée sur l’autel de l’hypocrisie. Le temps est venu de faire tomber les masques et de confronter sans détour les racines de cette haine insidieuse, afin de bâtir une société réellement inclusive et respectueuse des différences.

Laisser Une Réponse

Exit mobile version