L’année 2025 s’annonce comme un tournant politique majeur pour le continent africain, avec une série de scrutins présidentiels qui dessineront l’avenir de plusieurs nations. Du Cameroun à la Guinée Conakry, en passant par la Centrafrique, ces élections cristallisent des enjeux de pouvoir, des tensions sociopolitiques et des espoirs de transition, dans un contexte où la démocratie reste fragilisée par des pratiques autoritaires et des crises institutionnelles.
À Yaoundé, tous les regards se tournent vers Paul Biya, nonagénaire au pouvoir depuis 1982, qui briguera un huitième mandat. À 92 ans, le président camerounais incarne une longévité politique rare, mais aussi une stagnation contestée. Face à lui, une opposition fragmentée tente de s’unir pour proposer une alternative crédible, dans un pays miné par les conflits séparatistes et les critiques récurrentes sur la transparence électorale. La question de l’après-Biya, pourtant régulièrement évoquée, demeure un sujet tabou, alimentant autant les spéculations que les craintes.
Sur la scène ivoirienne, vingt-cinq partis d’opposition ont formé une coalition inédite, « Le Front pour la Démocratie », dans l’espoir de détrôner le pouvoir en place. Cette alliance hétéroclite, bien que symbolisant une volonté de changement, devra surmonter d’importantes divergences idéologiques pour convaincre un électorat encore marqué par les violences post-électorales de 2010-2011. Le scrutin s’annonce comme un test de maturité politique pour un pays clé de l’Afrique de l’Ouest.
Gabon et Centrafrique : des processus électoraux sous tension
Au Gabon, où la dynastie Bongo a régné pendant plus d’un demi-siècle, la course présidentielle est d’ores et déjà émaillée de controverses. Plusieurs candidatures ont été rejetées par la Cour constitutionnelle, ravivant les accusations de verrouillage institutionnel. Un climat de défiance persiste, notamment depuis la crise post-électorale de 2016.
En Centrafrique, le président Faustin-Archange Touadéra, porté par un pouvoir renforcé après l’adoption controversée d’une nouvelle Constitution en 2023, mise sur un nouveau mandat. Son bilan, marqué par une lutte ambiguë contre les groupes armés et une dépendance accrue à l’égard de partenaires étrangers, divise une population épuisée par une décennie de conflits.
En Guinée Conakry, l’incertitude domine. Prévues en 2025, les élections se heurtent aux retards accumulés depuis le coup d’État de 2021. La junte au pouvoir, dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya, promet un retour des civils à la tête de l’État, mais les délais fixés suscitent le scepticisme de la classe politique et de la société civile. Le pays, habitué aux cycles de violences post-électorales, espère éviter un nouvel enlisement.
En 2025, l’Afrique devra donc choisir entre la perpétuation de régimes autoritaires et l’émergence de véritables alternances. Un défi de taille, alors que le continent reste confronté à des crises sécuritaires, économiques et climatiques sans précédent.