Les heurts survenus en marge de la finale de la CAN 2025 auraient pu rester ce qu’ils étaient : des débordements regrettables mais circonscrits, liés à l’émotion sportive, à la ferveur populaire et à la pression d’un événement continental majeur. Pourtant, dans les heures qui ont suivi, une autre bataille s’est engagée, bien plus insidieuse : celle des récits, des images détournées et des campagnes numériques destinées à transformer un incident ponctuel en crise politique artificielle.
Très vite, les réseaux sociaux ont vu proliférer des milliers de comptes nouvellement créés, diffusant des contenus agressifs, des montages tronqués et des discours ouvertement hostiles visant à opposer artificiellement le Maroc et le Sénégal. Cette dynamique ne relevait ni de la spontanéité populaire ni d’un simple emballement émotionnel, mais bien d’une stratégie classique d’amplification et de polarisation, caractéristique des guerres informationnelles contemporaines.
Dans ce brouhaha numérique, plusieurs pays se sont distingués par l’ampleur et la structuration de cette agitation. L’Algérie, d’abord, où des réseaux de comptes anonymes et coordonnés ont activement cherché à instrumentaliser l’incident. L’objectif était limpide : exploiter une fenêtre de tir pour fragiliser une relation bilatérale solide, en tentant de projeter sur l’axe Rabat–Dakar des rivalités politiques qui lui sont étrangères. Une méthode désormais éprouvée, où l’arène sportive sert de prétexte à des agendas diplomatiques contrariés.
Mais l’Algérie n’a pas été seule dans cette séquence. La Côte d’Ivoire a également vu émerger des milliers de faux comptes cherchant à envenimer la situation. Cette agitation numérique s’inscrit dans le prolongement d’une rivalité sportive ancienne et profondément ancrée dans l’imaginaire collectif sénégalais, où chaque confrontation devient un marqueur émotionnel fort. Ici encore, l’incident marocain a servi de catalyseur opportun, permettant à certains acteurs de déplacer une rivalité historique vers un terrain diplomatique qui ne la concernait pas.
À cette surenchère se sont ajoutés d’autres intervenants périphériques, sans lien direct ni avec la finale ni avec les pays impliqués. En Afrique, les frustrations politiques, les compétitions régionales et les ressentiments non résolus constituent un terreau fertile. Il suffit parfois de peu pour que chacun tente de régler ses comptes dès qu’une brèche s’ouvre. Les réseaux sociaux offrent alors un espace sans frontières, où la responsabilité s’efface derrière l’anonymat.
Face à ces tentatives de manipulation, une réalité demeure pourtant incontestable : les relations entre le Maroc et le Sénégal ne se réduisent ni à un match, ni à quelques vidéos virales. Elles s’inscrivent dans une histoire longue, fondée sur le respect mutuel, la coopération économique, la convergence diplomatique et des liens humains profonds, forgés bien au-delà des contingences sportives.
Ni Rabat ni Dakar n’ont cédé à l’escalade verbale. Les autorités comme les élites d’opinion des deux pays ont privilégié la retenue et la responsabilité institutionnelle, refusant de donner corps à des narratifs artificiels fabriqués à distance. Cette maturité contraste avec l’activisme de ceux qui cherchent, depuis l’ombre numérique, à exporter leurs propres impasses politiques ou émotionnelles.
La séquence post-finale de la CAN 2025 rappelle ainsi une vérité essentielle : l’Afrique est désormais un champ de bataille informationnel à part entière. Mais elle démontre aussi que les relations solides résistent aux tempêtes fabriquées. Entre le Maroc et le Sénégal, le lien est trop profond pour être altéré par des armées de comptes anonymes, qu’ils soient motivés par des rivalités politiques ou sportives.

