À l’aube de 2026, l’Union européenne se confronte à un paradoxe majeur. L’explosion de sa dette publique et la croissance atone de ses économies font peser de fortes contraintes sur ses États membres, tout en l’amenant à redéployer son influence et ses investissements à l’extérieur, en particulier sur le continent africain. Cette tension entre limites internes et ambitions extérieures explique en partie la posture parfois jugée agressive de l’Europe dans le Sahel et dans certains États africains.
La dette publique agrégée des pays de la zone euro s’établissait à 88,2 % du PIB au second trimestre 2025, avec des extrêmes inquiétants en Grèce (151,2 %), Italie (138,3 %) et France (115,8 %). Dans le même temps, la croissance économique reste faible, oscillant entre 1 % et 1,4 %, laissant peu de marge pour financer les dépenses sociales, les transitions énergétiques ou la modernisation industrielle. Les budgets européens sont donc compressés, et cette compression structurelle nourrit des tensions internes alors même que l’Europe s’affiche comme partenaire stratégique de l’Afrique.
Le commerce européen avec le continent africain illustre cette double contrainte. En 2024, les exportations européennes ont légèrement reculé, passant à 166 milliards d’euros, tandis que les importations africaines vers l’UE se maintiennent à 188,5 milliards d’euros, générant un déficit commercial estimé à 23,3 milliards. Cette dynamique traduit non seulement la perte de compétitivité européenne face à d’autres partenaires commerciaux, mais aussi une dépendance accrue de l’Europe à des ressources africaines stratégiques. La faiblesse relative de ses exportations révèle l’incapacité de certaines industries européennes à maintenir leur leadership sur un continent en pleine expansion démographique et économique.
Dans le Sahel, la stratégie européenne combine investissements massifs et présence sécuritaire renforcée. L’initiative Global Gateway prévoit jusqu’à 150 milliards d’euros d’investissements publics et privés pour l’Afrique, dont une part conséquente dans des zones politiquement sensibles. Cette approche, si elle se veut coopérative, traduit aussi la nécessité pour l’Europe de sécuriser ses intérêts dans un contexte où ses capacités domestiques sont contraintes et où ses marchés sont en reflux.
Qualifier l’Europe de “banqueroute” serait exagéré. Les mécanismes financiers continuent de fonctionner et le financement de la dette demeure assuré. Mais la juxtaposition d’une dette élevée, d’une croissance atone et d’exportations en recul dessine un continent en retrait relatif face à ses propres ambitions. Sa posture africaine, parfois perçue comme pressante, est autant un instrument stratégique qu’un reflet des limites économiques internes.
L’Europe de 2026 n’est donc pas en faillite, mais elle est coincée entre ses obligations internes et ses ambitions extérieures. Sa capacité à maintenir son influence en Afrique, notamment dans le Sahel, dépendra autant de la santé de ses économies que de sa faculté à adapter une politique extérieure calibrée, pragmatique et crédible. Loin d’être invulnérable, elle doit composer avec les contradictions de sa puissance.

