Alors que l’ANC traverse son plus fort recul électoral depuis 1994, le nom du milliardaire Patrice Motsepe circule comme solution de stabilisation. Son poids financier, sa visibilité continentale et son absence de scandale le propulsent au cœur des débats sur la succession du parti au pouvoir en Afrique du Sud.
Depuis une quinzaine d’années, le Congrès national africain voit son influence se réduire de manière continue. Aux élections générales de 2009, le parti obtenait 65,9 % des suffrages ; quinze ans plus tard, en 2024, il chute à 40,18 %, perdant sa majorité absolue pour la première fois depuis la fin de l’apartheid et se retrouvant contraint de gouverner par coalition. Au niveau local, les élections municipales de 2021 ont encore accentué ce recul : l’ANC est passé sous la barre des 50 % et a perdu le contrôle de plusieurs conseils métropolitains majeurs.
Dans ce contexte, la question de la succession de Cyril Ramaphosa, qui achèvera son mandat à la tête du parti en 2027, devient centrale. Aucun successeur officiel n’a été désigné, et les luttes intestines, les scandales de corruption et la controverse Phala Phala ont fragilisé la confiance interne et externe. Pour l’analyste Trevor Kibet, « rien n’est gagné d’avance » pour les prétendants traditionnels.
Le nom de Patrice Motsepe émerge alors moins comme un projet politique concret que comme un signal de crédibilité et de stabilité. Fondateur d’African Rainbow Minerals et président de la Confédération africaine de football depuis 2021, Motsepe bénéficie d’une indépendance financière rare dans le paysage politique sud-africain et d’une visibilité internationale. Sa gestion de la CAF a permis de stabiliser l’institution et d’accroître ses revenus commerciaux, tandis que la Coupe d’Afrique des Nations 2024 a été largement saluée pour son organisation et sa compétitivité.
Pour les partisans de Motsepe au sein de l’ANC, son intégrité et son absence d’implication dans les scandales récents en font un choix « sécurisant » pour restaurer la confiance des électeurs et du monde des affaires. Les analystes notent que sa réussite dans le secteur privé pourrait servir de « garantie » de compétence économique, à un moment où le pays fait face à une décennie de croissance stagnante, de pénuries d’électricité et d’indécision politique.
Cependant, la route vers la présidence de l’ANC reste semée d’embûches. Les élections internes dépendent de réseaux de sections et de blocs provinciaux profondément enracinés, terrains où Motsepe ne possède pas d’expérience politique. De plus, les partenaires de l’alliance – syndicats et Parti communiste – pourraient se montrer réticents face à un milliardaire du secteur minier.
Que Motsepe se déclare ou non, son nom cristallise déjà la recherche de réassurance du parti : auprès des électeurs, des investisseurs et de ses propres membres. Il incarne une alternative à la politique de carrière traditionnelle, mettant en lumière l’affaiblissement des options de succession et l’ampleur de la crise institutionnelle que traverse l’ANC.

