L’année 2025 confirme la recomposition profonde du paysage sécuritaire africain. La régionalisation des conflits, la persistance des violences islamistes, la multiplication des régimes militaires et l’irruption de nouvelles technologies de guerre redessinent les équilibres du continent. Ces dynamiques coexistent avec des investissements structurels dans les infrastructures et la coopération régionale, révélant une Afrique traversée par des trajectoires contradictoires.
L’Afrique aborde la seconde moitié de la décennie dans un environnement sécuritaire fragmenté. Les conflits internes se transforment en crises régionales, sous l’effet de frontières poreuses, de rivalités entre puissances extérieures et de la fragilisation des États. En parallèle, les armées nationales, renforcées par des équipements sophistiqués, s’imposent comme des acteurs politiques centraux, parfois au détriment des processus démocratiques. Cette évolution se produit dans un contexte démographique tendu, marqué par une urbanisation rapide et par l’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail.
Le conflit opposant les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide a précipité la dislocation du Soudan. Près de 400 000 morts et 12,8 millions de déplacés témoignent de l’ampleur de la crise humanitaire, désormais considérée comme la plus grave au monde. La prise d’El Fasher, au Darfour-Nord, en octobre 2025, a marqué un tournant militaire, ouvrant la voie à l’extension des combats vers le Kordofan.
La destruction ciblée des infrastructures agricoles et des marchés civils a aggravé l’insécurité alimentaire. Plus de 600 000 personnes seraient exposées à des conditions proches de la famine. L’implication d’acteurs régionaux, par des livraisons d’armes et des soutiens financiers, a contribué à prolonger et intensifier le conflit, transformant le Soudan en théâtre d’affrontements indirects.
Les groupes islamistes militants ont atteint en 2025 un niveau de létalité inédit, avec plus de 22 000 décès recensés sur le continent. Le Sahel concentre à lui seul plus de la moitié de ces pertes humaines, confirmant son statut de principal foyer de violence armée. Les transitions militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger n’ont pas permis d’inverser la tendance, la dégradation sécuritaire s’y poursuivant à un rythme soutenu.
En Somalie, la montée en puissance d’Al-Shabaab, appuyée par des coopérations transrégionales, a ravivé la menace sur Mogadiscio. Dans le bassin du lac Tchad, Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest ont démontré une capacité d’adaptation technologique, notamment par l’usage de drones et d’équipements de vision nocturne, accentuant la pression sur les forces étatiques.
La multiplication des coups d’État depuis 2020 a profondément modifié l’équilibre politique africain. En 2025, seuls trois des dix scrutins organisés ont été jugés crédibles par les observateurs. Cette érosion des normes démocratiques s’accompagne d’une répression accrue des partis d’opposition, des médias et de la société civile, favorisant l’impunité et la corruption.
Les données montrent une corrélation nette entre autoritarisme et conflits armés : la majorité des pays confrontés à des déplacements massifs de populations sont dirigés par des régimes militaires ou autoritaires. Cette gouvernance exclusive fragilise la cohésion sociale et alimente des crises sécuritaires aux répercussions régionales.
La présence sécuritaire et économique de la Chine s’est consolidée en 2025, notamment à travers des exercices militaires conjoints et un rôle central dans les infrastructures portuaires. Parallèlement, les États du Golfe ont renforcé leur influence en Afrique de l’Est, mêlant investissements massifs et coopération sécuritaire. Cette concurrence stratégique redessine les équilibres régionaux et expose certains États à des rivalités extérieures croissantes.
La reprise des offensives du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, avec la chute de Goma et de Bukavu, a ravivé le spectre d’un conflit régional élargi. Les déplacements massifs de populations et l’implication présumée de pays voisins rappellent les dynamiques des guerres congolaises précédentes, dont les conséquences humaines avaient été considérables.
Urbanisation rapide et nouvelles formes de contestation
Avec une croissance urbaine annuelle de 3,5 %, les villes africaines deviennent des espaces centraux de tensions sécuritaires et sociales. Les manifestations portées par une jeunesse confrontée au chômage et à la précarité se sont multipliées en 2025, parfois réprimées violemment. L’urbanisation accélérée transforme ainsi les dynamiques des conflits, exposant davantage les civils.
La diffusion rapide des drones militaires a modifié les rapports de force. Utilisés aussi bien par des États que par des groupes armés non étatiques, ces systèmes accroissent la portée et la létalité des opérations, tout en rendant les zones urbaines plus vulnérables. Plusieurs pays africains ont engagé des programmes de production locale, signe d’une militarisation technologique durable.
En dépit de ce contexte instable, l’Afrique a poursuivi en 2025 des investissements majeurs dans les infrastructures, la connectivité numérique et l’intégration régionale. Les progrès enregistrés dans le cadre de l’Agenda 2063 et de la ZLECAf témoignent d’une volonté de renforcer les bases économiques et institutionnelles du continent, condition essentielle à une stabilisation à long terme.
À l’horizon 2025, la sécurité africaine apparaît comme le produit d’interactions complexes entre dynamiques internes et influences extérieures. Si les crises armées et le recul démocratique dominent l’actualité, les efforts engagés dans les infrastructures, l’intégration économique et la coopération continentale dessinent des perspectives de résilience. L’enjeu central demeure la capacité des États africains à articuler sécurité, gouvernance et développement dans un environnement régional de plus en plus interdépendant.

